Trois responsables devant les enquêteurs — Lafarge en Syrie

08 Décembre, 2017, 03:05 | Auteur: Lynn Cook
  • L'ancien directeur général de Lafarge mis en examen

Deux anciens cadres de Lafarge et un responsable de la sécurité du groupe ont déjà été mis en examen vendredi dernier dans ce dossier.

Une enquête interne a confirmé que de l'argent avait été versé à des groupes armés.

Selon la même source, il a été mis en examen par un juge d'instruction chargé du dossier des chefs de financement d'une entreprise terroriste et mise en danger de la vie d'autrui.

La filiale syrienne de Lafarge Holcim aurait versé plus de 5 millions de dollars, "au titre de 'dons' à de nombreuses factions armées locales en Syrie, y compris l'EI", selon Le Canard Enchaîné, qui cite un rapport du cabinet Baker McKenzie, assisté par la société d'audit PwC.

Les enquêteurs cherchent à savoir si la direction du groupe en France a été informée de telles pratiques.

Début 2017, les enquêteurs du SNDJ avaient entendu plusieurs cadres et hauts responsables de l'entreprise. "Soit on acceptait le racket, soit on partait et on organisait le repli", avait souligné l'ex-directeur adjoint, selon une source proche de l'enquête, ajoutant avoir eu des "discussions avec Bruno Lafont". Le groupe Lafarge est soupçonné d'avoir versé de l'argent à des groupes terroristes, dont l'organisation Etat islamique, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014 son usine de Jalabiya, dans le nord de la Syrie. L'ex-PDG a toujours démenti avoir eu connaissance de tels agissements. "Si rien ne me remontait, c'est que rien de matériel ne se produisait", avait-il assuré en janvier aux enquêteurs. Dans un rapport accablant pour la maison mère, les douanes judiciaires ont pourtant conclu qu'"il serait tout à fait étonnant que Bruno Lafont n'ait pas demandé à son équipe de direction d'avoir un point précis de la situation d'une cimenterie dans un pays en guerre". Il "devait rendre nécessairement des comptes à des actionnaires", ajoutaient les enquêteurs. Le site a été évacué en septembre 2014. Devenu directeur général de LafargeHolcim en 2015, Eric Olsen a démissionné en avril à la suite de cette affaire.

Vaste perquisition "Le quai d'Orsay nous dit qu'il faut tenir, que ça va se régler", avait notamment déclaré Christian Herrault devant le SNDJ.

Les anciens directeurs de LCS Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois ont été mis en examen pour financement du terrorisme, mise en danger d'autrui et violation de la réglementation relative aux relations financières avec l'étranger. Une vaste perquisition a eu lieu les 14 et 15 novembre au siège du cimentier à Paris.

LafargeHolcim a déclaré en septembre condamner "avec la plus grande fermeté les erreurs inacceptables commises en Syrie".

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