France: escarmouche au sein du gouvernement où le Premier ministre recadre Bayrou

26 Juin, 2017, 03:38 | Auteur: Sandy Vega
  • Quand François Bayrou appelle Radio France pour faire pression sur une enquête

Dans son esprit, il est bien plus qu'un ministre de la justice porteur de " la loi sur la confiance dans la vie démocratique ", donc tenu à une obligation.

Appeler quelqu'un trop tard le soir, sur son téléphone privé, voilà qui justifie, pour le ministre, un coup de fil de remontrance. "François Bayrou est donc invité à s'expliquer le mardi 13 juin sur le plateau de CNews". Quand il dit 'je ne mettrai pas un bâillon', en gros il fait comprendre qu'il continuera à s'exprimer.

Le Premier ministre s'est en outre défendu de vouloir "brimer la presse" au sujet de la plainte déposée vendredi par le ministère du Travail contre X, suite à des révélations dans Libération.

La présentation du projet de loi survient quelques jours après que le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire à l'encontre du MoDem, soupçonné d'emplois fictifs.

Cette loi était l'une des principales exigences de François Bayrou, président du MoDem, pour s'allier au candidat Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Le garde des Sceaux ajoute qu'il étudie, avec ses avocats, la possibilité d'une qualification de harcèlement. Ce sont les méthodes d'avant, c'est tout ce qu'un ministre ne devrait plus faire. "Ce fut le cas, maintenant passons à autre chose, passons à l'essentiel", a répondu le porte-parole du gouvernement. "Bayrou, il est vice-premier ministre, il est vice-président?" Emmanuel Macron n'a pas l'intention d'intervenir, ce n'est pas son rôle, estime l'Élysée selon RTL. Il a fixé des règles, et ces règles sont outrepassées. Non, car il s'agit d'un simple recadrage en "off", explique-t-il: "Je l'ai dit sans pression".

Lors ce débat finalement diffusé parBFMTV, chaîne d'information aux audiences alors confidentielles, François Bayrou déplorait à nouveau les pressions exercées par des responsables politiques sur la presse: "On a besoin de médias libres, dans un pays libre". Une pression dont les politiques sont malheureusement coutumiers, mais qui est encore plus difficile à assumer quand on est ministre de la Justice.

Bayrou est un cas particulier.

C'est sans doute à cette aune qu'il faut apprécier la séquence entre le premier ministre Edouard Philippe et l'ancien maire de Pau, chacun dans son rôle. Même si, interrogé ce mercredi matin, François Bayrou nie toute accusation d'emploi fictif et parle plutôt d'un emploi à mi-temps. Et je sais, moi, pour avoir confiance dans les magistrats et pour savoir la réalité de ces choses, qu'il n'y aura aucun problème pour que les magistrats disent ce qu'il en est. Mais ce bel agencement est perturbé par les difficultés de François Bayrou, incarnation de ce projet de loi et figure de proue de la moralisation de la vie publique depuis des années.

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