La France pourra frapper seule la Syrie — Macron

24 Juin, 2017, 00:21 | Auteur: Sandy Vega
  • Pour Emmanuel Macron, il n'y a pas de successeur légitime à Bachar el-Assad

Sans pour autant donner carte Blanche à Bachar al-assad, Emmanuel Macron souhaite qu'une solution politique et diplomatique soit trouvée en Syrie. C'est en apparence un changement de pied important qu'a présenté le président Emmanuel Macron dans une interview accordée au "Figaro " et à sept autres journaux européens, publiée jeudi 22 juin.

"Le vrai aggiornamento que j'ai fait sur ce sujet, explique le nouveau locataire de l'Elysée, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar Al-Assad était un préalable à tout".

Pragmatique, le président veut remettre en selle la diplomatie française, qui s'est retrouvée isolée de part son intransigeance, au moment où la politique étrangère de l'administration Trump semble naviguer à vue. "Un: la lutte absolue contre tous les groupes terroristes". Jusqu'en 2015, Washington, Londres et, sous l'influence de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, Paris jugeaient Bachar el Assad illégitime en raison de sa responsabilité avérée dans le bain de sang du conflit syrien (450.000 morts au minimum et 5 millions de réfugiés en Turquie et Union Européenne). "Les trois pays ont formé des groupes de travail chargés de se pencher sur les moyens de maintenir la paix dans ces zones, où les protagonistes doivent cesser les hostilités", a indiqué Ibrahim Kalin, porte-parole du président turc Recep Tayyip Erdogan. Un argumentaire que l'on pouvait par exemple retrouver chez un François Fillon, qui justifiait d'ailleurs ainsi un dialogue avec Bachar el-Assad et un rapprochement avec Moscou. "Mes lignes sont claires. Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie ", rappelant ainsi un certain... On est loin des propos qu'il tenait il y a à peine quelques mois, quand il accusait le Kremlin de complicité de "crimes de guerre" lors de la reprise d'Alep.

Un revirement qui a provoqué le désarroi de l'opposition syrienne.

"Ces déclarations sont surprenantes, compte tenu que la France faisait partie des quatre principaux pays réclamant le départ de "Bachar le Chimique", a twitté Khaled Khoja, une figure de l'opposition syrienne".

Le chercheur français Bruno Tertrais souligne, lui, l'incompréhension suscitée par cet "aggiornamento". En effet, cette résolution avalise le fondement d'une transition politique conduite et prise en main par les Syriens et visant à mettre fin au conflit. Qu'a voulu dire exactement Emmanuel Macron en parlant de "successeur légitime"?

Le président français a accentué la nécessité d'une feuille de route politique et diplomatique dans la question syrienne, restant toutefois prudent sur l'avenir de Béchar al-Assad qui est à la tête du régime. Diplomatiquement, rien n'avance, Genève ne sert pas à grand chose. "On ne peut pas laisser ce qui s'est passé sans sanction". Des Etats faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Deux: "la stabilité de la Syrie, car je ne veux pas d'un État failli.", précise-t-il. La démocratie ne se fait pas depuis l'extérieur à l'insu des peuples. "Et elle s'est trompée en faisant la guerre de cette façon en Libye", dit-il encore.

Mais dans un cadre de fermeté, martèle M. Macron, en réitérant ses "lignes rouges", "les armes chimiques et l'accès humanitaire", sur lesquelles il affirme qu'il sera "intraitable". Mais Emmanuel Macron a également repris l'idée de la ligne rouge exposée par Barack Obama: "L'utilisation d'armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule".

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