Trois présidents accusés d'avoir reçu des pots-de-vin — Brésil

21 Mai, 2017, 11:29 | Auteur: Aubrey Nash

En pleine tourmente et accusé d'obstruction à la justice, le président brésilien Michel Temer résistait vendredi aux appels à la démission, manoeuvrant pour éviter la défection de ses alliés politiques. Il aurait, en collaboration avec plusieurs hommes politiques influents, essayé d'"empêcher l'avancée" de l'opération "Lavage express", l'enquête tentaculaire ayant révélé le méga-scandale de corruption Petrobras.

Cette demande d'enquête, rendue publique vendredi, s'appuie sur un accord noué avec la justice par le magnat de l'agroalimentaire Joesley Batista, dont les révélations explosives ont déclenché un véritable séisme.

Dans sa contre-attaque, Michel Temer a vivement critiqué le chef d'entreprise qui l'a enregistré à son insu, Joesley Batista, propriétaire du géant de la viande JBS et de la célèbre marque de tongs Havaianas, qu'il a traité de "beau parleur" et accusé de "crime parfait". Michel Temer a nié les accusations et a réclamé une enquête rapide.

Une fois qu'il a pu y avoir accès, M. Temer s'est confié au site G1 et affiché une confiance inébranlable en affirmant: "la montagne a accouché d'une souris, je vais sortir de cette crise plus vite qu'on ne le croit".

L'une d'elles évoque le versement de 15 millions de réals (4,6 millions de dollars au taux actuel) en 2014, "en échange de faveurs" pour l'entreprise.

Si M. Temer démissionne, la Constitution prévoit que le Parlement élise son successeur (pour terminer son mandat jusqu'à fin 2018) dans un délai de 30 jours, le président de la chambre des députés, Rodrigo Maia du parti DEM (droite), assurant l'intérim entre-temps.

La base parlementaire semble divisée et le ministre de la Culture, Roberto Freira, a présenté sa démission en fin d'après-midi, selon son service de presse.

Vendredi, l'heure était aux grandes manœuvres. "Le gouvernement travaille sur trois fronts pour revenir à la normalité après la crise: le front politique, le judiciaire et l'économique", ont déclaré des sources du palais présidentiel.

Mais la tache s'annonce particulièrement ardue.

Le président va s'exprimer devant la Nation à 16h00 (19h00) et de nombreux observateurs indiquent qu'il pourrait effectivement présenter sa démission.

"Tout citoyen conscient de ses obligations se doit de reconnaître que le président a perdu toute condition morale, éthique, politique et administrative de gouverner", dénonce le texte.

Dans les rues des principales grandes villes du pays, des manifestations se sont déroulées jeudi dans la soirée aux cris de "Temer Dehors!", avec quelques heurts avec les forces de l'ordre à Rio et Brasilia.

Ce mouvement a reçu le soutien de poids de Joaquim Barbosa, ancien président de la Cour suprême et premier noir a occuper ce poste.

Face à la volonté du président de s'accrocher au pouvoir, plusieurs motions de destitution ont été déposées par des parlementaires mais la procédure est longue et fastidieuse, devant être approuvée à la majorité des deux tiers par la chambre des députés, puis par le Sénat. Il avait joué un rôle majeur dans la procédure de destitution de l'ancienne présidente du Brésil, Dilma Rousseff, écartée du pouvoir au profit de son vice-président, Michel Temer.

Mais une autre menace pèse sur le président, alors que le Tribunal supérieur électoral examinera bientôt la validité de la dernière élection présidentielle, un procès pour financement illégal de campagne qui concerne à la fois M. Temer et Mme Rousseff.

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