Erdogan revendique la victoire, l'opposition conteste — Référendum en Turquie

17 Avril, 2017, 00:43 | Auteur: Lynn Cook
  • Le drapeau turc et européen lors d'un sommet entre l'UE et la Turquie le 29 novembre 2015 à Bruxelles- AFP  Archives

Le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan estime que les résultats du référendum sur l'élargissement des pouvoirs présidentiels ne souffrent pas contestation et a déjà appelé les partisans du "oui" pour les féliciter, a-t-on appris dimanche de sources à la présidence.

Quelque 55,3 millions de Turcs sont appelés à se rendre aux urnes pour dire oui ou non à une révision constitutionnelle qui prévoit notamment la suppression du poste de Premier ministre au profit d'un hyperprésident, qui concentrerait entre ses mains de vastes prérogatives. Les deux principaux partis d'opposition au président Erdogan ont dénoncé des " manipulations " lors du référendum. Et le deuxième parti d'opposition, le HDP, a fait savoir sur Twitter qu'il allait contester les votes provenant de "deux tiers" des urnes.

L'ONU a accusé la Turquie de "violations massives" contre le droit à l'éducation et au travail, affirmant que 134.000 fonctionnaires ont été démis de leurs fonctions depuis l'instauration de l'état d'urgence au lendemain du putsch manqué du 15 juillet.

"Les derniers messages", titre le quotidien Hürriyet, tandis que quatre meetings étaient samedi à l'agenda du président et cinq à celui du Premier ministre Binali Yildirim, tous à Istanbul.

Les opérations de vote se sont déroulées sans incident majeur.

La réforme constitutionnelle autorise en outre le président à intervenir directement dans le domaine judiciaire.

Selon le président Erdogan, cette réforme est nécessaire pour doter la Turquie d'un exécutif fort et stable, pour lui permettre de faire face à d'importants défis économiques et sécuritaires. Mais l'opposition dénonce la dérive autoritaire d'un homme qu'elle accuse de chercher à museler toute voix critique, surtout depuis le putsch manqué. Il les a félicité de l'issue du référendum et a remercié le peuple turc d'avoir exprimé sa volonté, ont assuré des sources à la présidence.

Le chef de l'État choisira ainsi directement ou indirectement six membres du Haut conseil des juges et procureurs (HSYK), chargé de nommer et destituer le personnel du système judiciaire.

Le projet de réforme constitutionnelle fixe au 3 novembre 2019 la date des prochaines élections présidentielle et législatives.

Le Parlement aura toujours le pouvoir d'élaborer, d'amender ou d'abroger les lois. Il supervisera les actions du président, mais ce dernier pourra promulguer des décrets dans les domaines relevant de la large sphère de ses compétences exécutives.

Aussi, Erdogan pourrait être président jusque 2029. Il a occupé le poste de chef du gouvernement entre 2003 et 2014, avant d'être élu président. Il pourrait rester au pouvoir jusqu'à ses 75 ans.

L'opposition et les ONG ont déploré de leur côté une campagne inéquitable, avec une nette prédominance du oui dans les rues et les médias. Depuis, quelque 47.000 personnes ont été arrêtées et plus de 100.000 limogées ou suspendues.

Le parti prokurde HDP a ainsi dû faire campagne alors que ses deux coprésidents et nombre de ses élus se trouvent en prison, accusés de liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme "terroriste" par Ankara et ses alliés occidentaux.

"Mes chers concitoyens, d'après les résultats non-officiels, le référendum prévoyant la présidentialisation du système s'est conclu par (une victoire du) oui", a déclaré M. Yildirim lors d'un discours de victoire depuis le quartier-général de son parti, l'AKP, à Ankara.

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