Le fossé se creuse en Guyane après une manifestation anti-blocage

13 Avril, 2017, 01:05 | Auteur: Sue Barrett
  • Guyane les blocages se poursuivent malgré la pénurie qui guette

Pour François Hollande, ces propositions doivent "faire l'objet d'expertises techniques et financières qui ne peuvent être menées en quelques jours", dit-il, soulignant que "à la différence du plan d'urgence" annoncé par le gouvernement pour la Guyane "qui contient des mesures évaluées très sérieusement" à hauteur de plus de un milliard d'euros, "il s'agirait alors d'intentions sans valeur, qui raisonnablement ne pourraient lier le prochain gouvernement".

"Le conflit s'enlise, il faut adapter le mouvement, peut-être en ne mettant que cinq barrages, mais aux bons endroits, ce serait plus efficace", a estimé Thomas Saumier, guide touristique de 40 ans, pour qui le collectif "Pou La Gwiyann dékolé" n'a "pas écouté" les mouvements de protestation contre les blocages. Il a finalement décidé d'alléger le blocage qu'il promettait "total" pour ce lundi, face aux critiques de la population.

L'annonce initiale du blocage total des barrages, jusqu'alors gérés avec une certaine souplesse, a provoqué la mobilisation des opposants à la poursuite du mouvement.

Mardi, 200 à 300 opposants aux blocages ont manifesté pour la première fois à Kourou, où se trouve le centre spatial. Nous n'aurons aucune réponse d'ici là. "Donc à quoi servent les barrages?", s'interrogent les organisateurs dans un sms lu par l'AFP et signé de "la majorité silencieuse". Plus de 2.700 internautes font aussi partie d'un groupe Facebook "Stop aux barrages en Guyane".

Si les barrages routiers initialement prévus seront bien maintenus afin de bloquer toute la circulation - seuls les véhicules d'urgence seront autorisés à les franchir - les leaders du mouvement ont finalement admis qu'ils ne pouvaient pas organiser un blocus général.

La ministre des Outre-mer Ericka Bareigts a demandé dimanche au collectif de "lever les derniers barrages".

"Il n'est pas tolérable de se voir refuser le droit de circuler librement sur le territoire", disent les signataires d'une pétition en ligne qui avait recueilli lundi après-midi plus de 2.400 paraphes.

Depuis presque 3 semaines, la Guyane connaît une forte contestation sociale sur fond de revendications sécuritaires, sanitaires et éducatives.

"Les enfants ont besoin de retourner à l'école, les entreprises doivent reprendre leurs activités, les salariés, eux aussi ne peuvent continuer à perdre leur rémunération", insiste François Hollande dans son courrier, estimant que "l'économie guyanaise ne doit pas être fragilisée plus longtemps".

La "grève générale illimitée", décrétée le 25 mars et qui bloque le port de Cayenne, entraîne désormais des pénuries, notamment de produits frais, tandis que les ordures ne sont plus ramassées depuis mardi dans Cayenne et ses environs.

La Fédération du bâtiment et des travaux publics en Guyane, qui s'est dite "prise en otage", a demandé à l'Etat d'"assurer sa mission de service public" en permettant la libre circulation sur le territoire. Le collectif avait organisé dimanche soir un "meeting d'explication" à Cayenne, auquel ont assisté des centaines de personnes. "Le combat va être encore long", a affirmé Monique Guard, une militante féministe membre du collectif.

"J'invite chacune et chacun à refuser que ce mouvement se transforme en une escalade de violences", a lancé la ministre des Outre-mer.

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