Après la mobilisation, tentative de dialogue avec le gouvernement — Guyane

10 Avril, 2017, 00:31 | Auteur: Aubrey Nash
  • La ministre des Outre-mer Ericka Bareigts à Matignon le 27 mars 2017

"Au bout de tant d'années, c'est à moi que revient l'honneur de dire, au-delà de ma petite personne, au-delà des fonctions, toutes mes excuses au peuple guyanais", a dit Ericka Bareigts depuis le perron de la préfecture de la Guyane.

Alors que les discussions avaient commencé dans une ambiance hostile, la ministre, critiquée pour avoir tardé à venir en Guyane, s'est d'abord excusée jeudi devant une délégation de Guyanais.

Les négociations entre un collectif de Guyanais et les ministres de l'Intérieur et de l'Outre-mer Matthias Fekl et Ericka Bareigts, qui visent à sortir la Guyane de plus de dix jours de conflit social, n'ont pu débuter comme prévu jeudi, a constaté un journaliste de Reuters.

Après de premières excuses de la ministre devant cette assistance, Gaëlle Lapompe Paironne s'est jetée dans les bras d'Ericka Bareigts, et les deux femmes ont été applaudies par les membres de la délégation.

"Les maux, la souffrance de la population guyanaise, ne sont pas vains".

Le mouvement social s'est cristallisé autour de revendications portant sur la sécurité - la Guyane est le département de France où le taux d'homicides est le plus élevé - mais exprime également un malaise profond dans ce territoire frappé par un chômage endémique, deux fois supérieur à la moyenne du pays. Au niveau judiciaire, il a confirmé la construction d'un tribunal de grande instance et d'une prison à Saint-Laurent du Maroni, chiffrés respectivement à 30 et 50 millions d'euros. Des informations que Matignon a aussitôt démenties.

Outre la justice et la sécurité, l'éducation et la santé recevront aussi de l'argent: 400 millions d'euros seront consacrés à l'amélioration d'un système éducatif "en retard considérable", a déploré la ministre de l'Outre-Mer. "Or, je ne vois aucune proposition portée par Mme (la ministre des Outre-mers), notamment sur l'arrêt de l'immigration clandestine".

Le succès des manifestations a relevé du plébiscite pour l'Union des travailleurs guyanais (UTG), dont les 37 syndicats membres avaient voté à la quasi-unanimité en faveur d'une grève générale illimitée. " On ne pourra surement tout obtenir d'un coup, mais même si ça prend un peu de temps, on suivra les dossiers de manière à tout obtenir ", a-t-il poursuivi.

Le préfet Jean-François Cordet, qui pilote une mission de hauts fonctionnaires envoyée par Paris, active depuis samedi en Guyane, avait annoncé lundi le renfort de "25 policiers, 23 gendarmes", ou "la fidélisation d'un escadron de gendarmes mobiles à Cayenne". "On travaille avec les acteurs à des mesures utiles pour la Guyane, pas sur des chiffres fantaisistes et inventés", ont déclaré les services du premier ministre.

Ericka Bareigts et la ministre de la Santé Marisol Touraine ont validé mercredi une aide de fonctionnement exceptionnelle de 20 millions d'euros à l'hôpital de Cayenne, en difficulté financière.

Recommande: