Ankara accuse l'UE de pratiquer la démocratie de façon sélective

16 Mars, 2017, 00:23 | Auteur: Lynn Cook
  • Ankara accuse l'UE de pratiquer la démocratie de façon sélective

Le chef turco-néerlandais d'un parti politique promigrants s'est retiré d'un débat, mardi, à la veille des élections législatives aux Pays-Bas.

Environ un millier de manifestants s'étaient mobilisés devant le consulat de Rotterdam pour défendre la venue de la ministre et avaient été dispersés par la police néerlandaise dans le courant de la nuit, à l'aide de chiens, de chevaux et de canons à eau.

"Nous allons travailler davantage" sur des mesures contre les Pays-Bas, a-t-il ajouté. Ankara dit qu'elle a trois ennemis majeurs: l'État islamique, le PKK (le Parti des travailleurs du Kurdistan, qui a revendiqué plusieurs attentats ces derniers mois, ndlr), et les gülenistes, accusés d'avoir fomenté la tentative de putsch cet été. Samedi, la ministre turque de la Famille, Fatma Betül Sayan Kaya, a été expulsée par les Pays-Bas vers l'Allemagne, d'où elle venait d'arriver, alors que son collègue, le chef de la diplomatie Mevlut Cavusoglu s'est carrément vu refuser à son avion d'atterrir à l'aéroport de Rotterdam.

Inquiet des répercussions de cette crise diplomatique sur les relations entre la Turquie et ses alliés de l'Otan, le département d'État américain a appelé les parties en présence à "éviter l'escalade rhétorique et à travailler ensemble pour résoudre ce différend". "Une campagne (électorale) turque n'a rien à faire ici, en Allemagne", a déclaré Thomas de Maizière à la chaîne publique allemande ARD. Début mars, l'interdiction faite à plusieurs ministres turcs de faire campagne auprès de la diaspora pour le oui au référendum du 16 avril sur l'augmentation des pouvoirs du président Erdogan met le feu aux poudres.

"Mais il y a des limites, des limites bien définies, dans le code pénal, par exemple", a-t-il dit. En effet, les dirigeants turcs s'estiment "dans leur bon droit lorsqu'ils insistent pour s'adresser aux quelque trois millions d'électeurs de l'étranger dans les pays où ils se trouvent", et anticipent l'impact en faveur du "oui" que vont jouer des "interdictions et les annulations qui sont impopulaires chez les Turcs" [RFI].

Le ministre des Finances Wolfgang Schäuble a, lui, espéré dimanche que la Turquie "revienne à la raison", dans une interview à la chaîne ZDF. Mais l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Autriche ont décidé d'annuler les rassemblements prévus sur leur sol, provoquant la colère du Président turc. Pour le spécialiste de la Turquie Soner Cagaptay, La Haye "est tombé dans le piège" tendu par M. Erdogan pour galvaniser ses électeurs.

Mais l'affaire s'est invitée dans la campagne présidentielle française, à six semaines du premier tour. Le bras de fer entre les deux pays a d'ailleurs suscité une intervention de l'Union Européenne qui s'est durement attaquée à la Turquie.

M. Cavusoglu devait également participer dimanche à un rassemblement à Zurich, mais la rencontre a été annulée à la suite du refus de l'hôtel où elle devait avoir lieu, selon la Radio télévision suisse (RTS). Quant à l'argument selon lequel les discours représentaient une menace pour l'ordre public, il ne tient pas la route, selon lui: "Il n'y avait pas de risque de grosses émeutes." .