Ramush Haradinaj arrêté en France sur la base d'un mandat serbe — Kosovo

06 Janvier, 2017, 00:27 | Auteur: Jonathan Ford

La cour d'appel de Colmar a ordonné jeudi l'incarcération provisoire de l'ancien Premier ministre kosovar Ramush Haradinaj, dans l'attente de la réception d'une demande formelle d'extradition pour crimes de guerre émanant de la Serbie, a annoncé le parquet général dans un communiqué.

L'arrestation du député et chef de l'Alliance pour l'avenir du Kosovo (AAK) a été confirmée dans la soirée de mercredi par sa famille et son parti. Il est aujourd'hui responsable de l'opposition au Kosovo. La zone aéroportuaire est en effet partagée entre la France et la Suisse.

Le ministère kosovar des Affaires étrangères a précisé que cette arrestation s'était faite en vertu d'un mandat d'arrêt international émis par la Serbie.

En 2015 déjà, il avait été arrêté en Slovénie mais la justice avait refusé son extradition, la jugeant motivée par des raisons politiques. "L'UCK, l'Armée de libération du Kosovo a mené une guerre pour la liberté et l'indépendance du Kosovo, pour lutter contre les actes de génocide de Slobodan Milosevic".

"Nous prenons toutes les mesures pour qu'Haradinaj soit libéré aussi vite que possible", a déclaré à Pristina le ministre kosovar de la Justice Dhurata Hoxha. La justice française doit désormais examiner cette demande. La guérilla de 1998-1999 s'était achevée par la séparation de la Serbie du Kosovo majoritairement albanophone, après une campagne de bombardements de l'OTAN sur la Serbie.

Compagnon d'armes d'Hashim Thaçi, l'actuel président, Ramush Haradinaj en est devenu un adversaire politique, s'opposant notamment à toute normalisation des relations avec Belgrade.

Élu Premier ministre du Kosovo en décembre 2004, il avait démissionné trois mois plus tard pour répondre de 37 chefs d'accusation. Le président serbe Tomislav Nikolic, qui devait passer le Noël orthodoxe dans une ville serbe du Kosovo, s'est vu refusé hier l'entrée sur le territoire par les autorités kosovares. A son retour de La Haye, Ramush Haradinaj avait été accueilli avec les honneurs militaires et par une foule en liesse à Pristina.

Ainsi, face à cette patente injustice, elle-même fruit d'un infâme mais efficace calcul politique, la Serbie n'avait-elle d'autre choix, pour que justice soit enfin rendue, que de lancer un mandat d'arrêt international à l'encontre, notamment, du redoutable Ramush Haradinaj, dont la féroce unité paramilitaire portait l'inquiétant nom d' " aigles noirs ".

Son groupe est accusé par Belgrade d'avoir torturé et assassiné des dizaines de personnes dont les corps ont été découverts près du lac Radonjic dans la région de Decani.

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