Syrie : tensions entre Moscou et Washington, la trêve compromise ?

19 Septembre, 2016, 00:46 | Auteur: Lynn Cook
  • Syrie La coalition internationale pourrait avoir bombardé involontairement l'armée syrienne

Le raidissement entre les deux parrains de cette trêve survient juste avant une importante réunion du Conseil de sécurité de l'ONU au sujet de l'accord qui vise à favoriser l'émergence d'une solution à un conflit très complexe ayant fait plus de 300 000 morts depuis cinq ans.

Selon l'OSDH, les combats ont éclaté entre l'armée syrienne et les rebelles dans le quartier de Djobar, dans la banlieue est de Damas.

Le département d'Etat a pour sa part annoncé que les Etats-Unis ne coopéreraient pas militairement avec la Russie contre les jihadistes en Syrie (ce que prévoit l'accord) tant que le pouvoir syrien ne permettrait pas aux villes assiégées de recevoir de l'aide humanitaire.

Pour accéder aux populations dans la zone rebelle d'Alep, l'accord prévoit la démilitarisation de la route du Castello par laquelle les convois doivent passer.

La Russie, grande alliée de Bachar al Assad et donc susceptible de le faire coopérer, a fait savoir qu'elle était prête à prolonger la trêve de 72 heures.

Après trois jours de diminution significative des violences, sans aucun décès signalé, plusieurs civils ont été tués depuis jeudi, dont au moins trois vendredi dans un bombardement aérien qui a également fait 13 blessés dans la province d'Idlib tenue par les insurgés, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

Les deux puissances s'écharpent sur la question de l'aide humanitaire. Quant à la Russie, elle accuse les Etats-Unis de ne pas œuvrer auprès des opposants modérés syriens pour les distinguer des organisations comme al-Nosra. Cet incident est " un mauvais présage " pour le maintien de l'accord américano-russe en Syrie, a estimé Vitali Tchourkine, ambassadeur russe à l'ONU, tout en se refusant à déclarer l'accord caduc. Côté américain, on explique qu'on ne veut pas compromettre "la sécurité opérationnelle de l'accord", comprendre: partager des détails qui mettraient en danger des groupes armés que Washington soutient en Syrie.

Faute de garanties de sécurité, des camions remplis de nourriture et de médicaments pour les habitants d'Alep sont toujours bloqués dans une zone tampon entre les frontières turque et syrienne.

L'erreur d'identification de cible qui a coûté la vie à plus de quatre-vingt soldats de l'armée syrienne a provoqué de vives tensions diplomatiques entre Moscou et Washington.

La Maison Blanche a fait état de la "profonde préoccupation" du président Barack Obama sur le fait que "le régime syrien continue de bloquer" l'acheminement de l'aide humanitaire.

Lors d'un voyage au Kirghizstan, le président russe Vladimir Poutine s'est dit "plutôt positif que négatif" sur les chances de l'accord du cessez-le-feu, mais il a accusé lui aussi l'opposition syrienne de ne pas rester inactive pendant la trêve. Et non pas avec les adeptes de Fateh al-Cham ou avec l'opposition modérée.

Or il s'agit d'un des principaux obstacles à l'application de l'accord, les rebelles comptant sur l'aide de Fateh al-Cham, aguerri et bien organisé, dans toute bataille contre le régime notamment celle d'Alep. De plus, ils contrôlent avec ce groupe djihadiste de vastes régions dans les provinces d'Alep, d'Idleb et de Damas.

Si l'aide humanitaire finit par arriver, l'étape suivante du cessez-le-feu devrait théoriquement être une coordination des frappes aériennes russes et américaines contre les groupes djihadistes, dont l'Etat islamique.