Bientôt un procès contre France Télécom — Harcèlement au travail

08 Juillet, 2016, 00:48 | Auteur: Sandy Vega
  • Olivier Barberot lors d'une conférence de presse le 11 octobre 2017 à Deauville

"S'y ajoutent Nathalie Boulanger-Depommier, Jacques Moulin, Guy-Patrick Cherouvrier et Brigitte Bravin-Dumont, mis en examen en décembre 2014 pour complicité dans la mise en place d'une " politique d'entreprise visant à déstabiliser les salariés et agents et à créer un climat anxiogène ", selon le réquisitoire du 22 juin.

Les syndicats, qui parlaient de 35 suicides entre 2008 et 2009 y voient la conséquence d'un "système" pour pousser les salariés au départ dans un contexte d'ouverture à la concurrence, après que l'État est devenu actionnaire minoritaire en 2004.

A l'origine de cette crise, la mise en place des plans "NExT" ("Nouvelle Expérience des Télécommunications") et surtout du volet "ACT", qui visait à supprimer 22.000 postes sans plan de sauvegarde de l'emploi.

Le parquet de Paris a requis le renvoi en correctionnelle de France Telecom, rebaptisé depuis Orange, et de son ex-patron Didier Lombard, pour harcèlement moral, dans l'affaire de la vague de suicides de salariés qui a touché l'entreprise, a-t-on appris jeudi de sources proches du dossier et de source judiciaire. Un procès d'une telle envergure pour harcèlement moral serait une première en France. Un procès amènerait la justice à trancher la première affaire de harcèlement à grande échelle dans une entreprise de cette taille. Trente-neuf victimes sont notamment citées: dix-neuf se sont suicidé, douze ont tenté de le faire, et 8 salariés ont subi un épisode de dépression ou ont été en arrêt de travail.

Du côté d'Orange, par la voix d'un porte-parole, il s'agit une " étape normale de la procédure ", qui " ne présume pas de la décision du juge ".

Des tableaux "circulaient parmi les cadres": "on a fait tant de départs, il en reste tant à faire", avait résumé un ex-cadre informatique dans le nord de la France.

L'inspection du travail avait souligné la "brutalité" des méthodes managériales qui "ont eu pour effet de porter atteinte à leur santé physique et mentale", selon un rapport remis à la justice. Une proche de Robert, technicien de 51 ans appelé à se reconvertir dans le commercial qui s'est suicidé en mai 2008, a raconté aux enquêteurs: " Il avait peur de ne pas y arriver (...) il ne dormait plus (...) c'est le travail qui l'a tué. Il demande aux magistrats instructeurs un renvoi en correctionnelle pour "mise en danger de la vie d'autrui et homicide involontaire". Et la France est " loin d'être en retard en la matière ". Elle rappelle aussi ce séminaire de 2006 où Didier Lombard annonce des départs, " par la porte ou par la fenêtre ". Face aux enquêteurs, certains cadres ont nié l'existence d'objectifs de réduction d'effectifs.

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